Page interne:20.02.10

 Le présent

 

A l'instar du lynx de ses armoiries, Charrat ne se donne pas facilement. Non qu'il soit méfiant, mais il y a dans ce village une sorte de retenue, de discrétion. De la pudeur qui sait.

Il a besoin qu'on s'y arrête, qu'on lui prête un peu d'attention. Qu'on l'apprivoise en quelque sorte.

Le visiteur pressé ne verra rien. En revanche, celui qui lui accordera du temps en découvrira les charmes. C'est qu'ici, pas d'ostentation. Plutôt que le tape à l'oeil, c'est la discrétion qu'on aurait tendance à cultiver. 

   

Le quartier de la gare est celui de l'ouverture sur l'extérieur.
C'est là que se trouvent les principales voies de communication. Mais aussi la poste, les entrepôts, les commerces, les ateliers des artisans. Et aussi des immeubles d'habitation qui, au fil des ans, ont accueilli une population de plus en plus métissée. Un brassage de provenances et de langues qui lui donne, certains soirs d'été, des allures de Sud.

 

Changement de décor au pied du mont.
Vison et Les Chênes constituent le berceau historique du village. Les premiers habitants ont choisi le coteau pour s'installer, à l'abri des divagations du Rhône. Les traces des ancêtres sont toujours visibles, nombre des maisons qu'ils ont construites, toujours debout. Blotties les unes contre les autres, comme pour se protéger d'une menace. Ou parce que les gens de ce temps-là savaient déjà qu'ensemble, on est plus fort.

 

Ceux qui les habitent aujourd'hui les ont restaurées avec soin, jetant ainsi des ponts entre passé et présent. Ils savent qui ils sont parce qu'ils savent d'où ils viennent. Cette dimension n'échappe pas à qui se balade dans les ruelles de Vison ou des Chênes. Et si la pente s'avère trop raide, un bistrot n'est jamais loin.

 

En avril, Charrat voit passer quelques cortèges de touristes : sac au dos, chaussures de marche aux pieds, canne à la main pour les plus anciens, ils se rendent sur la Crête, la colline de Vison. L'objet de cet étrange pèlerinage a pour nom adonis, diamant jaune et protégé de notre flore.

 

Les visiteurs les mieux inspirés regagnent la plaine en traversant le coteau. Tranquillement, au milieu des vignes et des abricotiers, qui, tombés en disgrâce à une certaine époque, effectuent depuis quelques années un retour remarqué. Le raisin d'ici, longtemps mésestimé, donne désormais quelques crus réputés. Certains pinots, noirs et blancs, n'ont rien à envier à ceux de la rive droite.

 

En contrebas, nos marcheurs découvrent l'arrière de ces maisons qui forment un ruban quasi ininterrompu entre Vison et Les Chênes. Cette face cachée, avec jardins proprets et pelouses aménagées, est le domaine de la convivialité. Idéal pour se retrouver entre amis autour d'une table, du moins lorsque la bise, une habituée des lieux, ne montre pas trop d'ardeur.

 

Le dernier raidillon descendu, on débouche sur la Place des Chênes.
Jusqu'à un passé récent, Charrat, éclaté en hameaux, n'avait pas de véritable centre, aucun lieu naturellement dévolu aux retrouvailles de la communauté à l'occasion de la patronale ou de toute autre fête. L'homme a remédié aux manques de la topographie en aménageant cette place, où peut désormais battre le coeur de la vie locale.

Nous serions heureux de vous y accueillir. En toute simplicité. Pour que ce coeur batte plus fort encore.

G.